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MANUEL TYPOGRAPHIQUE


Première Partie

LA GRAVURE
ou Taille des Poinçons

Pour être un bon Graveur de Caractères, il faut être Typographe, c'est-à-dire, savoir tous les détails du mécanisme de la fonderie et de l'Imprimerie, afin d'y assujétir son travail. Maître de l'art, le Graveur doit tout prévoir dans la fonte et dans l'impression. C'est par là que les Simon, les Garamond, les Grandjon, les le Bé, les de Salencque, ces Artistes à qui l'Imprimerie est redevable de tous les progrès, sont devenus nos Maîtres dans cet Art, qu'ils ont porté en France à un point de perfection que les nations voisines n'ont jamais atteint.

La pratique de l'impression n'est pas d'une nécessité absolue pour être bon Graveur, mais la théorie de cette partie de l'Art est indispensable. Tous ceux qui se sont ingérés de graver des Caractères sans ces conniassances préliminaires, n'ont jamais réussi. Nous en avons des exemples subsistants, qui ne déshonorent que trop notre Imprimerie.

La science du Graveur consiste donc à connaître la figure la plus parfaite que l'on puisse donner aux Caractères, les dimensions qu'ils doivent avoir, et à les représenter sur l'acier pour les frapper sur le cuivre, afin d'en former des matrices qui perpétuent les lettres à l'infini par la fonte.

Le Graveur ne doit rien négliger pour donner à son travail toute la perfection possible. Il faut, avant de l'entreprendre, qu'il ait fait une étude réfléchie de ce qui peut contribuer à sa plus grande beauté. Car in n'en est pas de cet Art comme de bien d'autres, où l<es faibles productions trouvent un emploi proportionné à leur valeur : l'Imprimerie ne doit rien souffrir de mauvais, ni même de médiocre, parce qu'il en coûte autant pour fondre ou imprimer les mauvais Caractères, que pour fondre ou imprimer les plus parfaits ; et si le Graveur n'a pas les talen[t]s requis, le Fondeur et l'imprimeur, qui re[g]ardent son ouvrage, l'un sur le métal, l'autre sur le papier, sans qu'aucun des deux puisse y rien changer, ne font que perpétuer son ignorance, et déshonorer l'Imprimerie.

Avant que de graver un Caractère quelconque, il faut déterminer la grandeur respective des courtes, des longues, et des pleines, relativement à la force de corps sur lequel on le veut faire, afin que les extrémités des lettres longues remplissent exactement ledit corps. On entend par courtes toutes les lettres qui ne tiennent que la partie du milieu du corps, comme les a, c, e, m, n, t, les petites capitales A, B, C, D, E, et autres même grandeur. Les longues sont celles qui occupent une plus grande partie du corps, soit par en haut, soit par en bas, telles que les A, B, M, b, d, p, q, et autres. Les pleines sont celles qui tiennent tout le corps, comme j, Q, Ç, f, ffi, et c. Ces grandeurs doivent être marquées sur un Calibre, pour servir de règle.


DU CALIBRE

Le Calibre est un petit morceau de laiton, de tôle ou de fer-blanc, carré, de l'épaisseur d'une carte, sur lequel on taille la hauteur que doit avoir la figure des lettres ; mais cela demande les plus grandes précautions. Pour y réussir, voici les moyens que j'ai imaginés. Je divise en sept parties égales le corps du Caractère que j'ai à graver ; j'en prends trois pour les courtes, cinq pour les longues, et sept, ou la totalité, pour les pleines : l'esquisse qui suit, suffira pour en donner l'idee.

Ces grandeurs étant données, il ne s'agira plus que de les tailler sur le Calibre : pour cela, je dresse d'équerre ...


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